Alice Sara Ott a réinventé sa vie de soliste, au-delà des conventions. Confidences d’une star du piano, qui explore son moi intime.
Pour cette toute première publication, j’ai choisi de mettre en lumière une pianiste dont la personnalité musicale m’a toujours captivée, tant par son énergie rayonnante que par ses choix artistiques. Je l’ai découverte en 2010. La pianiste allemande faisait paraître les Valses de Chopin, elle arborait une longue chevelure romantique, les rondeurs d’un visage tout juste sorti de l’enfance, la même douceur au bout des doigts. Depuis quelque chose s’est électrisé, aussi bien dans son apparence physique que dans son jeu. Non qu’elle tende vers une forme de dureté, au contraire. Elle a conservé ce toucher presque insaisissable, miraculeux de fluidité, de clarté et de délicatesse, véritable signature sonore. Mais il y a chez elle quelque chose de mordant, de plus affirmé. Ce mélange qu’on retrouve dans son interprétation du Concerto en sol de Ravel, par exemple, qu’elle donnait à l’automne dernier à la Maison de la radio : un mélange entre beauté expressive de la ligne et parfaite articulation. Un style à son image : entre sophistication, ses cheveux noirs de jais taillés dans un carré plongeant implacable, et délicatesse.
La musique minimaliste comme anti-dépresseur
Sur scène, elle avance pieds nus, qu’elle ait rendez-vous avec Beethoven, ou qu’elle donne la réplique (en musique) à Isabelle Huppert. En dehors de ses collaborations classiques avec les grands orchestres, elle se déploie avec des artistes de disciplines variées pour développer des concepts hybrides mêlant piano, architecture, vidéo, installation. On a pu l’entendre aux côtés de musiciens comme Francesco Tristano, Chilly Gonzales, ou en 2015, avec Ólafur Arnalds, une date qui marque le début de sa mue artistique. Son dernier album consacré à John Field, un compositeur méconnu du XVIIIe siècle au style délicieusement nostalgique, caracole en tête des classements. Et sa bande son de 2026 sera marquée par la sortie d’un nouvel opus (6 mars) du côté de la pop instrumentale, consacré au compositeur islandais Jóhann Jóhannsson, auteur de nombreuses musiques de film, avec un penchant pour l’électro minimaliste. Une musique en forme d’anti-dépresseur qui l’aide à se recentrer dans un monde plein de soubresauts.
La pianiste Alice Sara Ott en Islande. © Jonatan Gretarsson
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