Cette semaine, quelques temps forts de mon passage à Saint-Paul-de-Vence.
La cité médiévale, et sa ceinture de remparts du XIVᵉ siècle, offre de superbes panoramas sur l’arrière-pays niçois. Chaque été depuis quatorze ans, elle accueille un festival à taille humaine, avec des artistes de classe internationale. Vous pourrez retrouver ici mon reportage vidéo.
Pour sa 13ᵉ édition, le festival a convié le pianiste britannique Benjamin Grosvenor. Un piano très contrôlé, magnifiquement chantant.
Benjamin Grosvenor, Place de la Courtine
Beethoven d’abord, avec notamment les Variations sur God Save the King. Une lecture impériale. Puis la Fantaisie de Schumann, qui restera l’un des grands moments de la soirée. Dans le deuxième mouvement, Grosvenor aborde la fameuse terrible coda sans un seul accroc. Mais au-delà de cette maîtrise technique, il nous entraîne dans son univers sonore, avec cette capacité à faire oublier l’instrument pour ne laisser entendre que la musique. Peu de pianistes possèdent ce talent. C’est le cas aussi de Volodos.
Puis, vient la Deuxième Sonate de Chopin. Grosvenor y déploie une expressivité très large, avec une maîtrise du clavier, passant d’une dimension symphonique au murmure d’une confidence.
Le lendemain, autre ambiance. Déjeuner sous les pins à la Fondation Maeght, puis découverte de l’exposition consacrée à Ellsworth Kelly, sous le commissariat d’Eric de Chassey. Le parcours réunit 145 dessins et collages autour du thème de l’eau. On retrouve la Seine et ses miroitements, les collages sur cartes postales où Kelly introduit un humour discret. Sans oublier Tableau vert, en hommage aux Nymphéas, où l’eau et le végétal se confondent.
Marion Rampal (Quintette) dans le labyrinthe Miró de la Fondation Maeght
Le soir, Marion Rampal, avec sa voix sombre et chaude, rend hommage à Abbey Lincoln, chanteuse noire américaine et militante des droits civiques. Elle s’empare de son répertoire et lui donne une couleur personnelle, avec cette voix grave qui semble porter les chansons de l’intérieur.
Pour la clôture du festival, retour place de la Courtine avec le violoniste Christian Tetzlaff et la pianiste Kiveli Dörken. Deux interprètes hors pair, qui donnent surtout l’impression de raconter la même histoire. Le violon et le piano se répondent avec naturel. Chaque inflexion, chaque idée musicale est reprise, prolongée ou déplacée par l’autre. Ils jouent avec une écoute et une précision qui rendent le dialogue particulièrement vivant.
Au programme : Josef Suk, Janáček, Szymanowski et la Troisième Sonate de Brahms. Des écritures très différentes, mais une même attention portée au détail, aux changements de lumière, aux respirations. J’ai rarement entendu une sonate de Brahms aussi intense, aussi libre et fulgurante. Je vous recommande d’ailleurs une magnifique version de Tetzlaff avec le pianiste Lars Vogt, à écouter sur ce lien.
🎧 Retrouvez la suite de ma série “Femmes pionnières” à 12h sur France Musique. Au programme du jour, cap sur le 19ème siècle, entre Suède et France, à la rencontre de trois compositrices : Elfrida Andrée, organiste et cheffe d'orchestre visionnaire, Amanda Maier, violoniste virtuose partie trop tôt, et Mel Bonis, héritière secrète de Fauré et Debussy. Une musique aux couleurs envoûtantes qui n'attend plus que les grandes salles de concert pour rayonner!
