"Un concert doit sentir le danger"

Entre classique et chanson française, Alexandre Tharaud cultive un art du piano libre et singulier. Il revient ici sur son parcours et sa vision d’une scène placée sous le signe du risque. Avec sa fondation, il soutient les solistes en difficulté, un sujet aussi tabou chez les musiciens que méconnu du grand public.

martha
6 min ⋅ 22/03/2026

Il rêvait d’être danseur ; il est devenu pianiste.
Musicien insatiable, Alexandre Tharaud navigue avec la même ferveur entre Franz Schubert, le répertoire baroque ou la chanson française, qu’il a célébrée l’automne dernier avec Piano Song. Un album très réussi dans lequel il réinvente Jacques Brel, Claude Nougaro, Serge Gainsbourg ou encore Mylène Farmer.
Mais derrière le succès et la liberté obtenus de haute lutte, se cache un monde invisible, celui de la précarité des solistes. Un sujet dont il a décidé de s’emparer à travers sa fondation (voir encadré ci-dessous), en souvenir de ses débuts particulièrement difficiles.

Lorsque j’ai décidé de lancer ce média, c’est le tout premier artiste que j’ai contacté. Alors que rien n’existait encore — pas même le nom —, il a accepté de tourner le pilote d’un projet de podcast, puis une autre interview autour de sa fondation. Une vidéo à retrouver sur ce lien. J’ai décidé d’extraire des rushes ce grand entretien passionnant et très personnel, dans lequel il revient sur certains grands tournants de sa vie de musicien.

J’ai toujours été frappée par la coexistence, chez lui, de plusieurs univers qui se nourrissent sans jamais s’opposer. Ses propres compositions — Corpus Volubilis, pièces brèves associées à des haïkus japonais — prolongent cette quête artistique. Sa passion pour la voix l’a conduit à collaborer avec Sabine Devieilhe, mais aussi Vanessa Paradis, Camélia Jordana... Sans chercher une carrière de briseur d’ivoire, il est parvenu, peu à peu, à imposer son ordre, ses rituels ; comme celui de jouer en récital avec partition et de pratiquer le mélange des genres. Son monde est d’une grâce subtile, dans lequel dialoguent Barbara et Marcelle Meyer, et où le cinéma trouve également sa place. Car Alexandre Tharaud est aussi un artiste aux multiples visages : acteur pour Michael Haneke dans Amour (il incarne un pianiste), où il donne la réplique à Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant ; critique musical à la dent dure dans Boléro d’Anne Fontaine, avec Raphaël Personnaz, il se glisse toujours avec le même naturel dans les différents rôles de sa vie.

...

martha

Par Elsa Fottorino

Je m’appelle Elsa Fottorino, je suis journaliste et autrice, ex-rédactrice en chef de Pianiste, auteure de nombreux formats pour Classica, productrice d’émissions sur France Musique et mes romans ont été sélectionnés dans plusieurs grands prix littéraires.
Avec martha, je vous invite à découvrir la musique de l’intérieur, au plus près des artistes et de leur histoire.